GENESE - GENESIS 1

GENESE - GENESIS 1
Combien me faudra t il de jours et de nuits, de semaines ou de mois... ou peut être d'années pour arriver à me guérir de ce qui me ronge ?

Combien de temps d'une écriture fiévreuse, sans quasiment dormir ni m'alimenter ?

Combien de jours vont maintenant s'écouler comme du feu ?

Tous les évènements, tous les personnages de ce blog seront réels... J'en changerai juste parfois, pour des raisons évidentes, le nom, ou bien j'en déplacerai le lieu.

Parce qu'on ne sait jamais vraiment qui sont les gens qui nous entourent, ceux que l'on côtoie chaque jour dans la promiscuité des transports en commun, dans l'apparente fête des pubs enfumés ou dans le confinement silencieux des églises... Ou dans nos propres familles...

Parce qu'on ne sait jamais quel est le degré de réalité du monde dans lequel on s'imagine vivre.

Sans que rien ne m'y ait préparé, je me suis retrouvé en train de basculer brutalement de l'autre côté d'un miroir au delà duquel plus rien de ce qui est... Ou plus rien de ce qui existe n'a le même sens. Alors qu'en apparence rien ne semble pourtant changer, ni devenir différent.

Tant de forces obscures sont à l'½uvre...

Dans la véritable vie je sais déjà que celle à qui je pense ne fera ni le choix de la Lumière... Ni, plus tard, celui de la rédemption. Je sais qu'elle restera l'esclave de sa chair. Non pas comme une victime asservie... Non ! Parce que comme les anges déchus, c'est délibérément qu'elle choisira la chute et la souffrance.

Mais le choix des ténèbres et de la douleur est il jamais quelque chose de simple ?

Lucifer, lui même, n'était il pas le préféré de tous ? Le plus beau de tous les anges... L'ange de lumière ?

Les « Khlysty » de l'immensité russe prêchent, par exemple, qu'il faut se vouer au mal, à la perversion et à la souffrance physique pour se rapprocher vraiment de Dieu. L'épreuve n'étant pas dans la tentation de la Foi, mais dans l'acceptation, dans la recherche extatique du vice.

Qui peut alors comprendre ce qui se cache derrière l'énigmatique sourire des petites assassines de la « Toile » ?

J'essayerai de m'approcher de cette vérité si je le peux.

Mais je sais déjà que je ne pourrai rien... Que tout cela ne servira qu'à me renvoyer en pleine face les centaines de milliers de solitudes qui se cachent ici, derrière nos machines et nos claviers... Et nos écrans...

Je sais que je suis déjà comme le cri muet d'un noyé dans la tempête, comme l'écrirait Pouchkine, ou comme le peindrait Munch.

Je sais que mes gestes n'atteindront jamais la surface lisse de toutes ces choses qui doivent, dans l'absolu, servir à rendre le monde palpable et réel.

Je sais que mes lèvres garderont encore longtemps la trace et le goût étrange, vénéneux, du baiser de Marie.

Le seul qu'elle m'ait jamais donné.

...

Je suis devenu ce soir le nouveau né qui habillera bientôt ses nuits de veille et de silence...

Jusqu'à ce que l'épuisement le gagne et que, sans un bruit, il se laisse enfin glisser... Enfin dormir et fermer les yeux...

Pour enfin toucher le ciel et n'être plus

qu'un enfant

paisible.

...

Quelle musique pour ce soir ?

Nick Cave & the Bad Seeds, « And no more shall we part »...

...

Je vous aime, mais vous ne le savez pas.

( illustration : « Le cri », huile sur carton de Edvard Munch, 1893 )



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article publié à l'origine le 12 février 2005, à 21 h 22'

# Posté le lundi 31 octobre 2005 13:54

Modifié le lundi 31 octobre 2005 16:51

soleil d'Icare - Icarius sun 2

soleil d'Icare - Icarius sun 2
Toi, plus que tous les autres, tu sais combien je me suis approché de la clarté et de la paix. Et combien je m'en suis défait.

Tu sais combien je me suis approché de cette frontière au delà de laquelle les choses se mettent à briller. Et combien je m'en suis ensuite éloigné.

Tu sais l'amour que j'ai eu des rivages de roches grises où la mer venait poser ses rouleaux, juste avant que le jour ne s'éteigne... Quand il nous fallait remonter des calanques à pieds, si lourds de nos ivresses et de nos fièvres.

Plus que tous les autres, tu m'as pardonné mes silences et mes replis.

Plus que tous les autres, tu m'as accepté tel que j'étais, avec mes doutes et mes peurs, sachant calmer d'un geste lent les rages et toute la colère qui me venaient si quelqu'un s'approchait.

Plus que tous les autres, tu m'as pardonné mes excès et mes dérives... Et cette façon que j'avais de vouloir repousser tous ceux qui cherchaient à m'aider.

Plus que tous les autres, tu sais que mon âme est un abîme de feu où j'avale l'univers.

Et plus que tous les autres, te retrouver, ne serait ce que par ces quelques lignes que tu m'as adressées, me fait du bien, m'apaise et me donnerait facilement l'envie de me souvenir des enseignements...

« Ne pas vouloir être l'oiseau, mais le vol de l'oiseau.

Ne pas vouloir être la Lumière, mais la chaleur de la Lumière.

Ne pas voir seulement dans le galet qu'on ramasse sur la grève, la pierre lissée par les vagues, mais le c½ur qui continue de battre d'une montagne qui dépassait la Terre et touchait les nuages
. »

Mais plus que tous les autres, tu sais aussi que ma route s'est désormais tendue vers la nuit... Et que j'y chemine comme le dernier des « Parfaits » marchait vers son bûcher, parce que c'est là que je devrai affronter mon âme noire. Cette lune coupante comme un rasoir qui déchire de ses lueurs pâles l'ombre où je veux me replier.

L'heure de cette guerre approche.

Et je ne peux que m'y préparer seul.

Mais ta présence et tes mots me rassurent.


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En écoute pour toi, Mèche : Opium Den , « Blackwell Road »...


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Et en espérant que cette page te touchera avant que le soleil ne se lève, de ton côté de la planète, sur les plages brillantes de carte postale... En même temps qu'ici, tout plongera dans l'obscur et le néant jusqu'au prochain matin.



( illustration : « Dédale et Icare », par Charles Landon – 1799 )


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article publié à l'origine le 15 février 2005, à 20 h 54'

# Posté le lundi 31 octobre 2005 16:41

NAISSANCE - NASCIMENTO 3

NAISSANCE - NASCIMENTO 3
Qui je suis ?

Je ne le sais pas.

C'est mon père qui m'a créé.

Pendant de longues années je n'ai rien connu d'autre que l'espace et la limite de son ventre... Et je n'ai fait que croître dans l'enfermement de ce corps de géant... Sans aucune conscience, ni du monde, ni de ce que j'étais.

Mon père était ma source... Et la terminaison au-delà de laquelle il n'y avait rien.

Et dans son ½il d'or il n'y avait aucune place pour la haine, ni pour aucun reproche... Même après qu'il m'eut arraché de lui et craché sur le sol, laissé presque pour mort et nu, tout recouvert d'une sorte de placenta visqueux et sanglant... Mais me traînant encore dans son ombre immense...

Mon père ne me haïssait pas.

Je grandissais vite, débordant bientôt de la pièce noire où j'étais enfermé, me répandant partout comme une pestilence sombre, fuyant la lumière, cherchant l'abri et la protection des tas d'humus en décomposition où je me creusai des sortes de nid, dans les coins les plus reculés du jardin.

Ne me nourrissant que de restes ou de cadavres de petits rongeurs, ou d'insectes... Ma nuque devenant comme un arceau de fer... Mes jambes se raidissant comme les pattes d'un chien... Ma peau recouverte de terre humide... Et mes ongles devenant des griffes... Je ne sortais plus désormais que la nuit, allant de long en large contre la grille de fer rouillée qui séparait notre terrain de la rue, en contrebas...

Et puis, tout d'abord guère plus loin que quelques pâtés de maisons, je me glissais dans la ville pour de courtes courses dans l'obscurité glaciale de l'hiver... Suivant à la trace, mais de loin, les rares passants qui rentraient chez eux.

Et puis, devenant plus sûr de moi, je commençais à m'introduire dans les habitations pour leur voler de petits objets... Ou parfois les regarder dormir... Et m'approcher de leurs visages jusqu'à sentir sur mes lèvres la tiédeur de leur souffle... Jusqu'à les lécher sans qu'ils se réveillent...

Et toujours mon père ne me haïssait pas... Et continuait, aux retours de mes absences de plus en plus longues, de m'attendre avec une caresse, ou des morceaux de viande rouge que je refusais.... Tant, sans que je sache pourquoi, le goût du sang me rendait maintenant malade.

Des rumeurs effrayantes concernant des crimes qui devaient être l'½uvre d'un fou commençaient à circuler en ville et, devant l'impuissance de la police, des gens s'étaient armés en milice d'auto défense.

Et mon père de laver doucement, chaque jour avant l'aurore, les lambeaux de chair sanglante qui collaient dans mes cheveux, avec toujours sa même bonté et sa même paix un peu triste dans le regard...
Qui suis je alors, pour oublier ce vertige, et ce matin d'un des premiers jours de l'été où j'ai vu mon père s'approcher avec un énorme couteau et des larmes dans ses yeux... Et pour oublier cette légère douleur quand il enfonça la lame lentement... Et la fit remonter en m'ouvrant tout l'abdomen, jusqu'au sillon de ma gorge, pour sortir de moi le corps frêle d'une petit enfant inerte, pendant que mon enveloppe vide s'écroulait... Enfin morte.

Qui suis je, alors... Pour oublier mon père tenant à bout de bras ce nouveau fils...

Et le lavant dans la Lumière ?

...

Je suis l'étrange petit garçon avec d'immenses yeux bleus pâles qui regardent le monde

En

Silence.

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Quelle musique ? Lyle Lovett, « Promises »


( illustration d'après « La fillette en bleu », huile sur toile de Amedeo Modigliani, 1918 )



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Article publié à l'origine le 21 février 2005, à 01 h 34'

# Posté le lundi 31 octobre 2005 16:56

Collection d'Arnell Andrea, au "Poste à Galène" de Marseille - 18/02/05

Collection d'Arnell Andrea, au "Poste à Galène" de Marseille - 18/02/05
Nuit froide...

Personne dans la rue Ferrari.

Avec Jean Pierre et Karlo, engourdis par le vent glacial qui balayait dans notre dos des vieux journaux, on suivait nos ombres distendues par les éclairages de la ville... Presque au hasard.
Devant le « Poste », personne ... Pas même une affiche annonçant le concert.

On avait frappé à la porte de fer, et on nous avait ouvert en nous prenant pour les musicos venus faire les balances.

Il fallait revenir plus tard, entrer dans le premier bistro ouvert pour ne pas mourir de froid... Commander des demis de bière charnue et amère, et des tapas brillants d'huile... Et voir toute une faune bien différente de celle que l'on s'apprêtait à trouver, se rejoindre là... Des fêtards très dans le ton, très dans la mode branchée des émissions de télé variétoche, qui commençaient aussi sec à bouger sur des remixes mous de Suzanne Vega... Des boucles d'oreilles espagnoles, des lèvres rouges...

On se faisait remettre d'autres bières.

Et on s'en allait... Parce que ça devenait difficile de rester là plus longtemps sans crier... Sans se mettre à courir... A cause de la tristesse.

Et cette fois ci, la porte de fer s'ouvrait... On nous laissait entrer... Presque personne à l'intérieur.

Alors on se remettait à lustrer le comptoir.

Deux heures de retard sur l'horaire... A s'enfoncer dans une douce ivresse frisant le vertige et l'amnésie... A regarder le « Poste » se remplir lentement, d'autres solitudes que les nôtres, bruyantes, chaotiques, sombres... Il y avait là des Barbies géantes toutes gantées de noir... Et bottées... Et des jeunes clones de Carlos D, de Nico Sirkis... Et même un parachuté nostalgique de SSS ( Sigue Sigue Spoutnicks ndlr )... Et nous...

Et finalement les « d'Arnell » qui s'amenaient sur la scène... Et Chloé qui commençait sa plainte lancinante... All I prayed, all I need , Before I die , L'aulne et la mort ... Et derrière la scène, un défilement d'images remontées de vieux films muets... Des images des départs de 14... Et d'un hercule de foire... Et de tout un monde de fantômes qui semblaient vouloir s'arracher de l'épaisseur de la grande toile tendue...

« Verdun » , « Dark's veiling my dawn » , « Les ronces » ... Ça ne bouge qu'à peine dans la fosse... Et Vincent casse une de ses cordes.

« Deafening breath » , « L'andain » , « From our dark side » , « Wild Trees » et « Spirits of the dead » ...

Je suis le seul à glisser vers l'abîme, vers la frontière...

« Aurore assassine » , « Aux mortes saisons » , « Because your soul » ... Presque uniquement des morceaux de « The Bower of Despair » ... La voix de Chloé se noie, fond dans le marécage électrique de « Procession » ...

...

Le concert s'est terminé presque sur un mot d'excuse...

Un mixeur médiocre remplaçait les « d'Arnell » ... Enchaînant sans aucun feu les morceaux pour faire se tenir debout ceux qui restaient... Déversant comme un orage sa grêle et ses basses hypnotiques sans en saisir la quintessence... La substantifique folie...

Sur le « Christine » de Siouxsie, on décidait de s'en aller...

Encore 70 bornes à se tenir sur nos pattes avant de sombrer... Et à gifler Karlo pour qu'il ne s'endorme pas...

2 h 40...

Nuit froide.

On remet ça jeudi, avec les « Robots ... » .



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article publié à l'origine le 23 février 2005, à 22 h 04'

# Posté le lundi 31 octobre 2005 17:03

ABIME - ABISMO 4

ABIME - ABISMO 4
Ils ont annoncé de la neige sur tous les départements du Sud... Et le plafond bas du ciel est étonnamment clair, d'un noir presque lumineux et transparent... Une surface parfaitement lisse et limpide, inversée, sur laquelle se reflètent en négatif toutes les lumières de Marseille... Tout ce fleuve qui s'écoule dans les deux sens, du Prado vers Castellane, et de Castellane vers la mer... S'enroulant en volutes brillantes autour du David du rond point des plages ou de l'obélisque de la fontaine... Toute cette sève de la circulation qui remplit les veines de ses rues, de ses avenues, et gonfle son immense organisme d'une vie désordonnée et bruyante...

En même temps que le mien, de corps, se vide et s'épuise.

Je me suis réveillé gelé, complètement tétanisé par le froid, seul sur le parking désert du parc Chanot, bien après que le dernier visiteur ait quitté le bâtiment, et bien après que les derniers exposants aient fini de remballer leurs stands...

Seules claquent au vent glacé les bannières sombres, comme autant de drapeaux en berne, des mats de la grande allée qui menait à l'entrée du salon du tourisme.

Trois journées d'une foule dense se pressant pour attraper des brochures, ou s'attrouper devant la danse lascive d'une « censée » jeune libanaise ondulant comme une liane, avec des lèvres fines et des yeux si tristes... ou s'agglutiner, s'agglomérer, s'amonceler... Vers les dégustations de soupe de l'Aveyron et d'huîtres de Bouzigues...

Trois journées d'une foule oppressante, sans visage, sans rêve, mécanique, poussée vers l'absurde par sa propre soif de consommer, de se répandre, d'aller voir le monde en s'enfermant dans des clubs de vacances bien approvisionnés et fournis en nourriture, en boisson, en plages blanches de sable fin...

Trois journées qui ne finissaient plus...

Avec cette envie de crier, de me rouler en boule, de disparaître, de m'enfuir loin de tout ce gâchis... Avec cette rage aveugle d'en finir avec la conscience de toute cette horreur, de glisser d'un verre à un autre jusqu'à perdre toute mémoire, toute compréhension de ce qui se passe, jusqu'à ne plus percevoir de toute cette foule qu'une façon d'ombre monstrueuse et fantastique, presque fascinante...

Whisky, bière, pastis, vin !!! Que tout y passe ! Que la bête devienne enfin palpable ! Que sa forme sorte de terre, comme le Golem de l'histoire... Et que je puisse la tuer !

Et tuer en moi, en même temps, toute cette détresse infinie qui me cloue là comme sur ma croix !

Aller vers le silence et la paix... vers l'espace sans horizon...

Ne vous ai je pas déjà parlé du désert ?

Je le ferai...

Peut être.

Mais je dois encore rentrer... M'affronter à ce vide glacé de la nuit... A ce vertige... 70 km d'autoroute... Sans m'endormir... Sans perdre le contrôle... Alors que tout me pousse au contraire vers l'abîme...

Et le néant.


...


Quelle musique pour rouler ? Evanescence, « Hello » ...

... « Suddenly I know I'm not sleeping / Hello, I'm still here / All that's left of Yesterday » ...


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article publié à l'origine le 28 février 2005, à 01 h 02'

# Posté le lundi 31 octobre 2005 17:17