Combien de temps d'une écriture fiévreuse, sans quasiment dormir ni m'alimenter ?
Combien de jours vont maintenant s'écouler comme du feu ?
Tous les évènements, tous les personnages de ce blog seront réels... J'en changerai juste parfois, pour des raisons évidentes, le nom, ou bien j'en déplacerai le lieu.
Parce qu'on ne sait jamais vraiment qui sont les gens qui nous entourent, ceux que l'on côtoie chaque jour dans la promiscuité des transports en commun, dans l'apparente fête des pubs enfumés ou dans le confinement silencieux des églises... Ou dans nos propres familles...
Parce qu'on ne sait jamais quel est le degré de réalité du monde dans lequel on s'imagine vivre.
Sans que rien ne m'y ait préparé, je me suis retrouvé en train de basculer brutalement de l'autre côté d'un miroir au delà duquel plus rien de ce qui est... Ou plus rien de ce qui existe n'a le même sens. Alors qu'en apparence rien ne semble pourtant changer, ni devenir différent.
Tant de forces obscures sont à l'½uvre...
Dans la véritable vie je sais déjà que celle à qui je pense ne fera ni le choix de la Lumière... Ni, plus tard, celui de la rédemption. Je sais qu'elle restera l'esclave de sa chair. Non pas comme une victime asservie... Non ! Parce que comme les anges déchus, c'est délibérément qu'elle choisira la chute et la souffrance.
Mais le choix des ténèbres et de la douleur est il jamais quelque chose de simple ?
Lucifer, lui même, n'était il pas le préféré de tous ? Le plus beau de tous les anges... L'ange de lumière ?
Les « Khlysty » de l'immensité russe prêchent, par exemple, qu'il faut se vouer au mal, à la perversion et à la souffrance physique pour se rapprocher vraiment de Dieu. L'épreuve n'étant pas dans la tentation de la Foi, mais dans l'acceptation, dans la recherche extatique du vice.
Qui peut alors comprendre ce qui se cache derrière l'énigmatique sourire des petites assassines de la « Toile » ?
J'essayerai de m'approcher de cette vérité si je le peux.
Mais je sais déjà que je ne pourrai rien... Que tout cela ne servira qu'à me renvoyer en pleine face les centaines de milliers de solitudes qui se cachent ici, derrière nos machines et nos claviers... Et nos écrans...
Je sais que je suis déjà comme le cri muet d'un noyé dans la tempête, comme l'écrirait Pouchkine, ou comme le peindrait Munch.
Je sais que mes gestes n'atteindront jamais la surface lisse de toutes ces choses qui doivent, dans l'absolu, servir à rendre le monde palpable et réel.
Je sais que mes lèvres garderont encore longtemps la trace et le goût étrange, vénéneux, du baiser de Marie.
Le seul qu'elle m'ait jamais donné.
...
Je suis devenu ce soir le nouveau né qui habillera bientôt ses nuits de veille et de silence...
Jusqu'à ce que l'épuisement le gagne et que, sans un bruit, il se laisse enfin glisser... Enfin dormir et fermer les yeux...
Pour enfin toucher le ciel et n'être plus
qu'un enfant
paisible.
...
Quelle musique pour ce soir ?
Nick Cave & the Bad Seeds, « And no more shall we part »...
...
Je vous aime, mais vous ne le savez pas.
( illustration : « Le cri », huile sur carton de Edvard Munch, 1893 )
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article publié à l'origine le 12 février 2005, à 21 h 22'




